Titus-Carmel - Peindre, Ecrire 05.06 - 23.12.2016
     
Titus-Carmel - Peindre, Ecrire 05.06 - 23.12.2016
Abbaye Royale de Saint-Riquier


Le temps nous serait-il conté ?
L’infini serait une enclave dans ce comptage fini du temps, une enclave béant vers le haut, dans l’exacte verticalité de l’abîme qui s’ouvre en nous par l’interruption du mouvement naturel de la vie. Stoppant à chaque station, ici en chaque forme que prend ce chemin, il nous forcerait à cette attention caractéristique de tout arrêt sur image, de toute coupure dans le flux ininterrompu du temps, mais qui ainsi paradoxalement posé, porterait nécessairement en soi une vision exacerbée de la vie…comprenne qui voudra. Paradoxe de toute présence solitaire au monde, sorte d’île détachée du continent qui nous serait donnée à lire comme un poste avancé d’une conscience éveillée nous ouvrant à l’infini ?
Les Diurnales sont prières quotidiennes, consignant faits et pensées au jour le jour, en un ordre immuable et nécessaire, sinon que prenant ici formes offertes une à une, elles vont nous permettre de les feuilleter à rebours. Ainsi pourrons-nous aller et venir à notre convenance et goûter à leur incroyable complexité et singularité, nous permettant par là même de nous affranchir de leur contingence. Nous apprécierons en cette suite le rythme de ces successions mais aussi celui de ces variations. Contrairement à ce que nous en croyons saisir dans l’évidence du déroulement des images par une lecture univoque, il nous semblerait alors, non qu’elles se suivent, mais plutôt qu’elles surgissent selon la force centrifuge d’un noyau, selon un axe fixe autour duquel elles s’origineraient et nous forceraient à un nouveau regard achronique.
Nous nous souvenons alors qu’enfant nous avons tous découvert avec un étrange délice, le calcul des intervalles d’une suite : -1 ! Voilà qui clôt la liste qui, achevée, se dérobe et se défait dans la valeur négative de ses propres intervalles…un monde s’ouvre dans cette découverte, celui des traces de nos rêves qui pourtant nous avaient surpris dans l’implacable logique de leur emboîtement, et dont il ne nous en reste au matin que des bribes souvent incompréhensibles. Serait-ce que nous avions omis l’importance des intervalles, de ce -1 qui circule autour de toute suite, de tout mouvement, de toute pensée, cet entre-deux, de ce qui ne prend pas forme, mais permet que la forme se dessine, ce fonds sur lequel s’écrit tout journal dont les silences, les blancs, les manques, en marquent à la fois la puissance d’être là, d’apparaître et l’extrême fragilité de sa toujours possible disparition ?
S’ouvre ici dans le cheminement de cette pratique sérielle, la force du combat que nous menons dans l’acte même de vouloir que chaque instant, dans un perpétuel recommencement, soit à la mesure de l’ambition qui nous permet de tenter d’en retenir, d’en tracer, d’en écrire ne serait-ce qu’une trace. A la faveur de l’artifice d’une pensée qui bat et s’évase au fur et à mesure qu’elle progresse, pour nous tenir, toi, moi, nous, en cette fulgurante et impossible immanence de l’instant, notre effort tiendrait-il en l’éveil, encore une fois, de notre cuisant désir et conscience d’y être. Simplement.

Evelyne Artaud / Un jour parmi les 31 de Titus

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